Excursion en montagne - Dù Mù

« Excursion en montagne » de 杜牧 Dù Mù

Dynastie Tang (618–907) | Genre : 七言绝句 qīyán juéjù (quatrain de 7 caractères)

Explications des caractères

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yuǎn

« loin ». La distance parcourue pour gravir la montagne. Mot courant : 遥远 (yáoyuǎn, lointain).

shàng

« monter ; gravir ». Ici : monter sur la montagne. Mot courant : 上山 (shàngshān, gravir la montagne).

hán

« froid ». Le froid automnal de la montagne, indiquant la saison avancée. Mot courant : 寒冷 (hánlěng, glacial).

shān

« montagne ». Omniprésent dans la poésie paysagiste Tang. Mot courant : 山水 (shānshuǐ, paysage).

shí

« pierre ». Le matériau brut du sentier. Mot courant : 石头 (shítou, pierre).

jìng

« sentier ». Un petit chemin étroit. 石径 = sentier de pierre. Mot courant : 路径 (lùjìng, chemin, itinéraire).

xié

« oblique ; sinueux ». Le sentier est pentu et tortueux. En chinois ancien, se prononçait xiá pour respecter la rime avec et . Mot courant : 斜坡 (xiépō, pente).

bái

« blanc ». La blancheur des nuages qui enveloppent la montagne. Mot courant : 白色 (báisè, la couleur blanche).

yún

« nuage ». Les nuages naissent à flanc de montagne, signe de hauteur. Mot courant : 白云 (báiyún, nuage blanc).

shēng

« naître ; se former ». Ici : les nuages « naissent » à flanc de montagne. Mot courant : 生活 (shēnghuó, la vie).

chù

« endroit ». 白云生处 = là où naissent les nuages. Mot courant : 到处 (dàochù, partout).

yǒu

« il y a ; avoir ». Exprime l'existence. Ici : il y a des maisons là-haut. Mot courant : 没有 (méiyǒu, ne pas avoir).

rén

« personne ». 人家 = maison, foyer, habitants. Mot courant : 别人 (biérén, les autres).

jiā

« maison ; famille ». Ici dans 人家 : habitations isolées en altitude. Mot courant : 回家 (huíjiā, rentrer chez soi).

tíng

« arrêter ». Le poète arrête volontairement son char, saisi par la beauté du paysage. Mot courant : 停下 (tíngxià, s'arrêter).

chē

« char ; véhicule ». À l'époque Tang, un char tiré par des chevaux. Mot courant : 汽车 (qìchē, voiture).

zuò

⚠️ Ici ≠ « s'asseoir ». Sens classique : « parce que, en raison de ». Le poète s'arrête parce qu'il aime le paysage. En chinois moderne, signifie « s'asseoir » : 请坐 (qǐngzuò, asseyez-vous).

ài

« aimer ». L'amour du poète pour la beauté automnale, si fort qu'il s'arrête. Mot courant : 爱好 (àihào, passion, hobby).

fēng

« érable ». L'arbre dont les feuilles rougissent en automne, image centrale du poème. Mot courant : 枫叶 (fēngyè, feuille d'érable).

lín

« forêt ». 枫林 = forêt d'érables. Mot courant : 森林 (sēnlín, forêt).

wǎn

« soir ; tard ». Le crépuscule, dont la lumière rasante magnifie les couleurs des érables. Mot courant : 晚上 (wǎnshàng, le soir).

shuāng

« givre ». Le givre qui intensifie le rouge des feuilles. 霜叶 = feuilles givrées. Mot courant : 霜冻 (shuāngdòng, gel).

« feuille ». Les feuilles d'érable rougies par le givre, héroïnes du dernier vers. Mot courant : 树叶 (shùyè, feuille d'arbre).

hóng

« rouge ». Le rouge éclatant des feuilles d'érable, plus vif que les fleurs du printemps. Mot courant : 红色 (hóngsè, la couleur rouge).

« que » (comparaison). Particule de comparaison en chinois classique. 红于 = plus rouge que. Mot courant : 由于 (yóuyú, en raison de).

èr

« deux ». Le deuxième mois lunaire, correspondant au début du printemps. Mot courant : 第二 (dì'èr, deuxième).

yuè

« mois ; lune ». Ici : le mois. 二月 = le deuxième mois, début du printemps. Mot courant : 月份 (yuèfèn, mois de l'année).

huā

« fleur ». Les fleurs du printemps, surpassées en beauté par les feuilles d'automne. Mot courant : 开花 (kāihuā, fleurir).

Traduction littérale

Au loin, je monte sur la froide montagne par un sentier de pierre oblique,
Là où naissent les nuages blancs, il y a des maisons.
J'arrête mon char car j'aime la forêt d'érables au crépuscule,
Les feuilles givrées sont plus rouges que les fleurs de février.

Contexte Historique et Biographique

杜牧 (Dù Mù, 803–852) est l'un des grands poètes de la fin de la dynastie Tang. Surnommé « le petit Du » (小杜, Xiǎo Dù) par opposition à Du Fu (杜甫, Dù Fǔ, « le grand Du »), il est souvent associé à 李商隐 (Lǐ Shāngyǐn) sous le nom de « petit Li et petit Du » (小李杜). Lettré brillant issu d'une famille de hauts fonctionnaires, il occupa divers postes officiels tout au long de sa carrière.

Ce poème, Shān xíng (山行), décrit une excursion automnale en montagne. Du Mu y rompt avec la tradition poétique qui associe l'automne à la tristesse (悲秋, bēiqiū), pour célébrer au contraire la beauté éclatante de cette saison. Le poème illustre le style de Du Mu : une écriture vive, élégante, où l'observation précise de la nature se mêle à une sensibilité esthétique raffinée.

Du Mu vivait dans une période de déclin politique de la dynastie Tang, marquée par des luttes de pouvoir internes et l'affaiblissement du pouvoir central. Son œuvre poétique oscille entre mélancolie face au temps qui passe et célébration de la beauté du monde, deux pôles dont 山行 incarne magnifiquement le second.

Analyse Littéraire

Structure et Forme

山行 est un 七言绝句 (qīyán juéjù), quatrain de sept caractères par vers, forme plus ample que le 五言 (wǔyán) utilisé dans 静夜思 ou 春晓. Ces deux caractères supplémentaires permettent des descriptions plus développées et des constructions syntaxiques plus riches. Le poème suit un mouvement ascensionnel : montée physique (v.1), découverte du paysage (v.2), arrêt contemplatif (v.3), émerveillement final (v.4).

Imagerie et Symbolisme

Le premier vers installe un décor minéral et froid : la montagne froide (寒山), le sentier de pierre (石径), le tracé sinueux (). Cette austérité est immédiatement adoucie par le deuxième vers, où les nuages blancs (白云) et les habitations humaines (人家) introduisent une touche de chaleur et de poésie.

L'image centrale du poème est la forêt d'érables (枫林, fēnglín) au crépuscule. La lumière rasante du soir intensifie le rouge des feuilles, créant un spectacle si saisissant que le poète arrête son char. Le dernier vers opère un renversement poétique audacieux : les feuilles givrées (霜叶) sont déclarées plus rouges que les fleurs de février (二月花) — l'automne surpasse le printemps en beauté.

Le mouvement et l'arrêt

Le poème est construit sur un contraste dynamique entre mouvement et immobilité. Les deux premiers vers décrivent une ascension (远上, monter au loin) à travers un paysage qui se dévoile progressivement. Le troisième vers marque un arrêt volontaire (停车, arrêter le char) : la beauté est si puissante qu'elle impose le silence et la contemplation. Ce passage du mouvement à l'arrêt traduit le moment où l'expérience esthétique saisit le poète tout entier.

Langage et Points linguistiques

Du Mu emploie un langage précis et visuel, où chaque mot contribue à la construction du paysage. Un point linguistique essentiel pour les apprenants : le caractère (zuò) au vers 3 ne signifie pas « s'asseoir » (son sens moderne) mais « parce que » en chinois classique. Le poète arrête son char parce qu'il aime la forêt d'érables au crépuscule.

Notons également que se prononçait xiá en chinois ancien, ce qui respecte la rime avec (jiā) et (huā). Les rimes en donnent au poème une sonorité ouverte, qui renforce l'impression d'espace et de grandeur.

Thématiques Principales

L'éloge de l'automne

La tradition poétique chinoise associe souvent l'automne à la mélancolie (悲秋, bēiqiū) : chute des feuilles, déclin de la nature, approche de l'hiver. Du Mu renverse cette convention en faisant de l'automne un moment de beauté suprême. Les feuilles givrées, loin d'être un signe de mort, surpassent les fleurs du printemps. Ce renversement est au cœur du poème et en fait toute l'originalité.

La beauté dans le déclin

Le dernier vers (霜叶红于二月花) porte une réflexion philosophique profonde : ce qui est en train de mourir peut être plus beau que ce qui naît. Les feuilles d'automne, en bout de course, déploient un rouge plus intense que l'éclosion printanière. Ce thème résonne avec les philosophies taoïste et bouddhiste, qui invitent à voir la beauté dans chaque phase du cycle naturel, y compris le déclin.

L'harmonie entre l'homme et la nature

Le poète n'est pas un observateur détaché : il est partie prenante du paysage. Il gravit la montagne, s'arrête, contemple. Son char fait partie du décor au même titre que les pierres, les nuages et les érables. Cette intégration de l'homme dans la nature, sans domination ni opposition, est caractéristique de l'esthétique paysagiste Tang.

Réception et Postérité

山行 est l'un des poèmes d'automne les plus célèbres et les plus récités de toute la littérature chinoise. Il fait partie du canon scolaire et est appris dès l'école primaire.

Sa popularité tient d'abord à sa puissance visuelle : en quatre vers, Du Mu peint un tableau complet — le sentier de pierre, les nuages, les maisons, les érables, le rouge incandescent des feuilles. Ensuite, son renversement poétique (l'automne plus beau que le printemps) a frappé les esprits et continue de susciter l'admiration. Enfin, sa portée philosophique — la beauté du déclin — dépasse largement le cadre de la poésie paysagiste pour toucher à des questions universelles sur le temps, la maturité et la vie.

Le vers 霜叶红于二月花 est devenu proverbial en chinois. Il est spontanément cité en automne pour évoquer la beauté des feuilles rouges, et sert plus largement de métaphore pour exprimer l'idée que la maturité et le déclin peuvent surpasser la jeunesse en éclat et en profondeur.

Influence culturelle : 山行 a profondément marqué l'imaginaire chinois de l'automne. Si 静夜思 de Li Bai est le poème de la nostalgie nocturne, et 春晓 de Meng Haoran celui du matin printanier, 山行 de Du Mu est incontestablement le poème des couleurs de l'automne. À eux trois, ils couvrent un large spectre de l'expérience poétique chinoise : la nuit, le printemps et l'automne ; la mélancolie, la douceur et l'émerveillement.

Conclusion

山行 de Du Mu est un chef-d'œuvre de concision et de puissance évocatrice. En vingt-huit caractères, le poète conduit le lecteur de la base d'une montagne froide jusqu'à un émerveillement final devant les feuilles d'érable incandescentes.

L'originalité du poème réside dans son renversement de perspective : là où la tradition voyait tristesse et déclin, Du Mu voit une beauté qui surpasse celle du printemps. Ce regard neuf, cette capacité à trouver l'éclat dans ce que d'autres jugent fané, fait de 山行 un poème profondément optimiste et philosophiquement riche.

Plus de onze siècles après sa composition, le vers 霜叶红于二月花 continue de résonner chaque automne dans la culture chinoise, preuve que les grandes images poétiques ont le pouvoir de transformer durablement notre regard sur le monde.